Trigger Warning – Violences, charge mentale, inaction des plateformes
Cette page évoque des expériences de modération bénévole sur des contenus liés à la prédation, à la pédocriminalité, aux violences sexuelles numériques et au harcèlement.
Il n’y a pas de descriptions explicites, mais je parle de la charge mentale, du choc, de la colère, de la fatigue et de la frustration liée à l’inaction ou à la lenteur des plateformes.
Si vous sentez que ce type de contenu vous pèse, prenez le temps de vous écouter, faites une pause et revenez plus tard si besoin.
1. Qui je suis (et qui je ne suis pas)
Je suis modérateurice bénévole sur des espaces en ligne, et j’effectue une veille ponctuelle sur des serveurs ou espaces où circulent des contenus problématiques :
violences sexuelles numériques, prédation, pédocriminalité (parfois), cyberharcèlement, etc.
Je ne suis pas :
Policier·e, Gendarme ou Magistrat·e.
Juriste spécialisé·e.
Psychologue.
Je suis une personne qui, à son niveau, essaie de repérer, documenter et signaler des situations à risque, en m’appuyant sur :
Les outils internes des plateformes (signalements, blocages, etc.) et des outils externe (crée dans le cadre de la veille ponctuelle).
Les dispositifs officiels de signalement (PHAROS, 3018, etc.).
Un cadre éthique personnel que j’essaie de rendre transparent, notamment via ce site.
2. Les outils que j’utilise (résumé)
2.1 Outils “techniques”
Dans mon activité de veille et de modération, j’utilise par exemple :
des outils de capture et d’archivage (captures d’écran, logs, exports de messages).
un journal de veille (structuré) pour noter :
La plateforme concernée.
Le type d’espace (serveur privé, public, channel, etc.).
Un résumé du problème (Message du signalement - par exemple).
Les actions réalisées (blocage, bannissement, signalement, etc.).
un disque dur externe chiffré pour stocker, de façon limitée et sécurisée (le temps du signalement puis du retour signalement):
Les éléments strictement nécessaires aux signalements.
Des journaux anonymisés ou des extraits caviardés.
Je ne conserve pas de contenus illégaux “pour collection” : uniquement ce qui est nécessaire le temps du signalement ou, si besoin, jusqu’à ce qu’une autorité compétente confirme la prise en compte ou me demande des éléments supplémentaires spécifiques au signalement effectué.
2.2 Outils “humains”
Les outils, ce n’est pas qu’informatique :
La capacité à dire “stop, je ferme pour aujourd’hui” quand la charge est trop lourde.
Le fait de pouvoir parler à des personnes de confiance (ami·es, pairs, communauté) pour ne pas rester seul·e avec ce que j’ai vu, lu.
Accepter que je ne peux pas tout voir, tout traiter, tout signaler.
3. Limites de ma modération bénévole
3.1 Je ne peux pas tout voir
Même si je mets en place des outils, je reste une personne, avec :
Un temps limité.
Une énergie limitée.
Un accès limité aux espaces (beaucoup de choses se passent dans des DM, des serveurs fermés, ou des réseaux fermés).
Je ne prétends pas “couvrir” tout ce qui existe, ni “garantir” qu’un espace est safe parce que LES ESPACES SAFE N’EXISTE PAS.
3.2 Je ne peux pas tout traiter
Parfois :
Je tombe sur trop de cas d’un coup.
Il y a plusieurs serveurs ou espaces problématiques en même temps.
La charge émotionnelle est telle que je dois choisir ce que je traite en priorité.
Cela signifie que je dois faire des choix :
Prioriser les situations où il y a un risque immédiat pour des mineur·es.
Prioriser ce qui peut être signalé efficacement via un canal clair (plateforme, PHAROS, etc.).
Accepter qu’il y aura toujours des choses qui m’échappent.
3.3 Je ne peux pas décider à la place des plateformes ou des autorités
Je peux :
Signaler.
Documenter (dans le cadre du signalement).
Transmettre (dans le cadre du signalement).
Alerter.
Je ne peux pas :
Forcer une plateforme à fermer un serveur.
Obliger une autorité à ouvrir une enquête.
Contrôler la vitesse ou la priorisation de leurs réponses.
4. La charge mentale : ce que ça fait de voir tout ça
Modérer et faire de la veille sur des contenus violents (en particulier à caractère sexuel ou pédosexuel) a un coût :
Parfois, une sensation de décalage avec le quotidien “normal” des autres.
Ce site n’est pas là pour se victimiser, mais pour nommer les choses :
Non, ce n’est pas “juste du contenu en ligne”.
Non, ce n’est pas “juste des images”.
Oui, ça a un impact réel sur la santé mentale de celles et ceux qui font de la veille et de la modération, même bénévolement.
5. L’inaction (ou la lenteur) des plateformes
Une partie de la difficulté, ce n’est pas seulement ce que l’on voit, mais ce qui ne se passe pas ensuite :
Signalements détaillés, avec preuves caviardées, IDs, journaux → réponse minimale ou pas de retour.
Serveurs manifestement organisés autour de la prédation, des leaks, des deepfakes → toujours en ligne longtemps après le signalement.
Comptes ouvertement pédocriminels ou fétichisant des mineur·es → réponses floues, silencieuses ou tardives.
Cette inaction (ou cette lenteur) a plusieurs effets :
Elle donne l’impression que les auteur·ices sont intouchables.
Elle renforce parfois la culpabilité ou la colère chez les personnes qui signalent (“à quoi bon ?”).
Elle peut pousser à l’épuisement ou à la démission emmotionnel.
Je continue à signaler, à documenter, à insister, mais je garde en tête une chose :
Je ne suis pas responsable des décisions finales des plateformes,
Je suis responsable de ce que moi, je choisis d’en faire et de jusqu’où je peux aller sans me détruire.
6. Comment j’essaie de me protéger
Pour limiter la casse, j’essaie de mettre en place :
Des règles internes :
Temps de veille limité.
Pas de “binge watching” de contenus violents.
Pauses obligatoires après certains types de cas.
Des frontières claires :
Je ne garde pas de contenus illégaux plus longtemps que nécessaire (Le temps du signalement / retour signalement).
Je ne vais pas “spécialement chercher” des contenus s’ils ne sont pas déjà dans le cadre d’une veille ciblée.
Je ne prends pas de témoignages directs de victimes via ce site (ce n’est pas un dispositif d’écoute).
Un cadre de stockage sécurisé (disque chiffré, preuves minimales, pas de diffusion publique de contenus sensibles).
7. Ce que cette page n’est pas
Cette page :
N’est pas une demande de reconnaissance, ni un CV déguisé.
N’est pas un guide pour traquer des serveurs ou pour contourner les CGU.
N’est pas une invitation à aller s’exposer volontairement à des contenus traumatisants.
C’est un retour d’expérience :
Pour montrer ce qui se joue, côté coulisses, quand on essaie de modérer et de signaler.
Pour afficher clairement mes limites.
Pour rappeler qu’aucune personne, bénévole ou non, ne devrait être laissée seule face à ce type de contenus.
8. Si vous faites aussi de la modération ou de la veille
Si vous êtes modérateurice, bénévole, salarié·e, ou que vous faites vous aussi de la veille :
Vous avez le droit de dire “stop, là c’est trop” ;
Vous avez le droit de poser des limites (ce que vous prenez, ce que vous ne prenez plus) ;
Vous avez le droit de chercher du soutien (pairs, asso, pro, etc.) ;
Vous avez le droit de débrancher.
Ce n’est pas parce que les plateformes ne font pas assez (selon vous) que vous devez vous sacrifier.